Dans le sillon des traditions

Meuh z’en Fête a connu un franc succès le week-end dernier à Bras-sur-Meuse. Le concours de labour, moment fort de la manifestation organisée par les Jeunes Agriculteurs de la Meuse, a suscité l’enthousiasme des spectateurs. En labour à plat, Baptiste Drouet a décroché la première place devant Justin Bilocq, et en labour en planches, c’est Violette Langard qui s’est imposée face à Jules Demmange. Samedi soir, un bal a réuni 700 personnes avant un superbe feu d’artifice. Dimanche, sous un grand soleil, les visiteurs ont profité des animations, du marché du terroir et des délicieux burgers 100 % meusiens. Une fête rurale pleine d’énergie et de convivialité.

Chaises pliantes bien ancrées dans le sol, bouteilles d’eau à la main et casquettes vissées sur les têtes pour affronter le soleil ardent, la famille de Numa Fabry est dans les starting-block pour encourager le jeune laboureur. Représentant le canton de Seuil d’Argonne, le jeune homme n’est pas un novice sur le terrain. Ce dimanche 24 août, il participe pour la quatrième fois à la finale départementale de labours dans la catégorie en planches.

À 20 ans, ce commercial en machinisme agricole confie participer «plus pour le plaisir que pour la compétition», mais cela ne l’a pas empêché de se préparer sérieusement en s’entraînant sur une parcelle proche de chez lui. C’est Bruno Perard, agriculteur à la retraite, qui lui prête son tracteur, quant à sa charrue, «elle vient de mon arrière-grand-père» précise le jeune homme. À 14h, il trace son premier sillon, face à quatre autres concurrents dans sa catégorie, pour 2h30 d’épreuve. De l’autre côté du champ, se tenait l’épreuve de labours à plat, rassemblant une dizaine de concurrents.

Sous l’œil expert du jury

Cette finale, qui a eu lieu à Bras-sur-Meuse cette année, réunit les meilleurs candidats issus des épreuves cantonales. Une épreuve pointue, bien loin d’une simple démonstration, où chaque détail compte. «On reconnaît l’exigence et le travail fourni», souligne Florian Migeon, agriculteur à Montzéville, qui officiait pour la première fois en tant que juré.

Le jury, composé d’une dizaine de professionnels expérimentés ou de jeunes recrues, représente les différentes instances agricoles départementales. Leur rôle : observer, évaluer et départager avec objectivité. Parmi eux, Airy Doudoux et Gabriel Clanché, agriculteurs retraités et anciens concurrents, connaissent parfaitement les attentes. Concentrés au bord des parcelles, ils scrutent la ligne d’ouverture, la qualité du retournement, le nivellement, l’alignement et la régularité des sillons. «On recherche de la droiture et de la régularité», expliquent-ils, tout en suivant de près les passages des candidats.

Selon eux, le concours reste fidèle à ses origines : «c’est toujours la même base, les mêmes conditions». Mais cette année, quelques évolutions réglementaires ont fait leur apparition. Bernard Dormois, ancien finaliste meusien à la finale nationale et aujourd’hui membre du jury national, présent pour superviser l’épreuve, centraliser les résultats et annoncer le classement final, précise : «de nouvelles règles ont été introduites, avec des pénalités qui peuvent modifier le classement».

Alors que les jeunes laboureurs se concentraient sur leur parcelle tirée au sort dès le matin, après la messe des laboureurs, les visiteurs, eux, profitaient pleinement des nombreuses animations proposées sur le site.

Si le concours de labour restait l’attraction phare de la journée, les Jeunes Agriculteurs de la Meuse, organisateurs de l’événement, avaient vu les choses en grand pour attirer un large public. «Meuh z’en Fête est une manifestation placée sous le signe de l’échange», rappellent Emeline Yvon et Adrien Seners, responsables de l’organisation, déjà sur le pied de guerre la veille pour le feu d’artifice et le bal qui a accueilli 700 personnes. Une première qui sera sans doute reconduite vu le succès.

Autour d’eux, près d’une cinquantaine de bénévoles se sont mobilisés toute la semaine pour installer les chapiteaux, préparer les espaces d’accueil, assurer la restauration avec le burger 100 % meusien, et veiller au bon déroulement de la journée.

Grâce à un temps radieux, les visiteurs ont été nombreux à déambuler dans le champ prêté pour l’occasion. Certains sont allés à la rencontre des producteurs locaux sur le petit marché du terroir, pendant que d’autres testaient les sensations fortes à bord des 4×4 pilotés par des professionnels.

Le matériel agricole présenté par les concessionnaires a également attiré les regards à l’entrée du site, tout comme les châteaux gonflables qui ont fait le bonheur des plus petits. La mascotte Meuzette a, elle aussi, conquis les familles, n’hésitant pas à poser pour des photos et faire quelques facéties. Enfin, les jeux inter-équipes ont été un moment de franche rigolade, rassemblant participants et spectateurs dans une ambiance bon enfant.

Vers la finale régionale

C’est en début de soirée, après plusieurs heures de compétition et d’observation attentive, que les résultats ont été officiellement annoncés.
En labour en planches, c’est Violette Langard, représentante du canton de Vaucouleurs, qui s’est imposée face à Jules Demmange, du canton de Spincourt. Du côté du labour à plat, la première place a été décrochée par Baptiste Drouet, représentant Montfaucon, suivi de Justin Bilocq, également venu de Spincourt.

Les quatre finalistes sont désormais attendus à Vézelise (54), le dimanche 7 septembre, pour défendre les couleurs de la Meuse lors de la finale régionale. Mais cette nouvelle étape s’accompagne de contraintes techniques. En effet, comme l’a rappelé Bernard Dormois : «les charrues à quatre fers ne sont plus autorisées en régional».

Une règle qui complique la préparation de certains candidats, notamment Baptiste Drouet, qui a concouru avec un brabant quatre fers. Alors qu’il s’apprête à faire sa rentrée en deuxième année de BTS ACSE à Bar-le-Duc, le jeune homme réfléchit déjà à trouver une nouvelle charrue et à réajuster ses réglages pour rester dans la course.

Malgré cette contrariété, la joie de la victoire l’emporte : Baptiste a fêté son titre en famille, entouré de son père et de son grand-père, tous deux venus l’encourager sur le terrain. Une belle image de transmission et de passion agricole, comme en regorge cette journée.