La nouvelle préfète découvre les enjeux agricoles du département

Après une visite à la ferme de Beauregard à Longeville-en-Barrois, la nouvelle préfète Anne-Florence Canton a échangé avec les membres de la Chambre d’agriculture, autour des grands enjeux de l’agriculture meusienne : transmission, énergie, eau, circuits courts et présence du loup.

Transmission des fermes, manque de main-d’œuvre, méthanisation, agrivoltaïsme, dégâts de gibier ou encore les attaques de loup… pour sa première sortie dans le monde agricole, la nouvelle préfète de la Meuse, Anne-Florence Canton, a pris la mesure, lundi 11 mai, des préoccupations du monde agricole meusien.

C’est à la ferme de Beauregard, à Longeville-en-Barrois, chez Daniel Dellenbach, que la représentante de l’État avait rendez-vous avec les élus de la Chambre d’agriculture pour une visite de terrain. Elle a été à l’écoute de Nicolas Pérotin, président de la Chambre d’agriculture, Xavier Arnould, vice-président, Pascal Cerneau, directeur, Fabrice Drouhot, directeur départemental des territoires, ainsi qu’Éric Le Roux, sous-préfet de Commercy.

«Notre assurance, c’est la polyculture-élevage»

Suite à la visite de l’exploitation, les échanges ont rapidement mis en lumière les spécificités de l’agriculture meusienne. Dans le département classé en zone intermédiaire, les rendements restent limités mais la diversité des productions constitue un atout non négligeable. «Notre première assurance, c’est la polyculture-élevage», rappelle Nicolas Pérotin après avoir présenté les chiffres de la ferme Meuse.

Le premier enjeu abordé a été celui du renouvellement des générations, car le monde agricole peine à recruter. «Nous avons des difficultés à attirer de la main-d’œuvre et à recruter des ouvriers agricoles», constate Nicolas Pérotin. Un problème aggravé, selon les responsables agricoles, par le manque de reconnaissance dont souffrent les métiers du secteur. Daniel Dellenbach le prouve par l’exemple. L’agriculteur raconte ne pas avoir réussi à conserver un salarié pourtant issu du milieu agricole, habitant du village et bénéficiant d’horaires flexibles. «Il faut mettre notre métier et tous les métiers du vivant en avant», insiste Xavier Arnould.

Pour les élus de la Chambre d’agriculture, la clé de réussite du renouvellement c’est d’avoir à la fois du revenu et de la compétitivité.

Agrivoltaïsme : «il y aura des déçus»

Le deuxième enjeu évoqué concerne la valeur ajoutée produite en Meuse et les spécificités du territoire, à commencer par la filière laitière avec l’Ulm ou encore les six fromageries du département.

«La polyculture-élevage permet une vraie diversité de productions», souligne Nicolas Pérotin, évoquant aussi bien le lait, la viande que les céréales. Les élus agricoles souhaitent désormais aller plus loin en développant de nouvelles filières, comme l’aviculture.

Pour eux, maintenir cette valeur passe aussi par l’énergie. Méthanisation et agrivoltaïsme représentent de nouveaux leviers économiques pour les exploitations.

Face à l’explosion des demandes liées au photovoltaïque, la Chambre d’agriculture et ses partenaires ont élaboré une charte départementale pour encadrer les projets. «Il y a énormément de demandes, il va y avoir des déçus», préviennent les responsables agricoles. Les élus insistent d’ailleurs sur la nécessité de sécuriser les relations entre exploitants, propriétaires et développeurs afin de préserver les terres agricoles et de faciliter les futures transmissions.

Du côté de la méthanisation, le contexte s’est durci. «Les normes de construction ont beaucoup évolué et les conditions de rachat sont différentes», souligne Nicolas Pérotin, inquiet des évolutions sur ce sujet.

Circuits courts et nouveaux ateliers

Autre sujet, le développement des circuits-courts. La Meuse mise notamment sur sa marque Meuse & Merveilles et sur le réseau Bienvenue à la ferme. Fromages, tisanes, petits fruits… les productions locales se diversifient. Certains agriculteurs envisagent même de créer de nouveaux ateliers de transformation directement sur leur exploitation.

«Mais il faut accélérer les processus», demandent les élus agricoles à la préfète. «Il y a beaucoup de freins pour les jeunes qui veulent s’installer».

Le loup et les dégâts de gibier

Enfin, impossible d’éviter les sujets les plus sensibles. Les dégâts de gibier, estimés à près de 5 millions d’euros l’an dernier, inquiètent fortement la profession. La reprise des discussions avec la fédération de chasse semble prendre une nouvelle direction.

La présence du loup continue de cristalliser les tensions. Très actif ces derniers mois en Meuse, le prédateur faisait déjà partie des dossiers prioritaires lors de la passation de poste avec l’ancien préfet.

Anne-Florence Canton a assuré vouloir «faire tout ce qui est possible dans le cadre législatif et réglementaire», évoquant notamment la formation plus rapide des louvetiers à l’utilisation de lunettes thermiques et la mise en place de clôtures de protection.

Après avoir longuement écouté les différents intervenants, la nouvelle préfète a indiqué vouloir engager rapidement des actions concrètes. Elle devrait prochainement recevoir les responsables syndicaux et souhaite également aller à la rencontre d’agriculteurs en difficulté afin de mesurer, sur le terrain, la réalité des contraintes du monde agricole.