Le groupe Avril fait du colza meusien un levier de souveraineté

Quelques mois après le rachat du site de Baleycourt, le groupe Avril a officiellement inauguré cette unité de transformation du colza devenue stratégique pour la filière oléoprotéagineuse française. Au-delà d’un investissement industriel, le groupe y voit un outil au service de la souveraineté protéique, énergétique et économique du pays.

Au milieu des champs de colza du Grand Est, l’usine de Baleycourt est devenue l’une des pièces maîtresses du dispositif industriel d’Avril. Repris en février dernier par Saipol, filiale du groupe, le site transforme chaque année plus de 350.000 tonnes de graines de colza produites dans l’un des principaux bassins français de production.
L’inauguration officielle a réuni élus, représentants de l’État, responsables agricoles, partenaires économiques et agriculteurs autour d’un message partagé : la création de valeur passe par la transformation locale des productions agricoles.

Un modèle né de la volonté des agriculteurs

Pour comprendre la portée de cet investissement, Arnaud Rousseau, président du groupe Avril, a tenu à rappeler les origines de celui-ci. «L’histoire d’Avril, c’est la création, par quelques agriculteurs visionnaires, d’un outil, d’abord financier puis industriel, pour prendre leur destin en main», a rappelé le président du groupe. «C’est une histoire de vision, d’engagement et de temps long».

Cette philosophie reste aujourd’hui au cœur du fonctionnement du groupe. Les agriculteurs, à travers la Fédération française des producteurs d’oléagineux et de protéagineux (FOP), demeurent impliqués dans sa gouvernance. «Avril est là pour donner au monde agricole les moyens de valoriser ses productions», a insisté Arnaud Rousseau.
Avec l’intégration du site meusien, Avril transforme désormais plus de 45 % de la récolte française de colza. «C’est un engagement important, et cela nous donne une grande responsabilité», a souligné Paul-Yves L’Anthoën, directeur général du groupe. Au total, Avril valorise, chaque année, 3,5 millions de tonnes d’oléagineux et de protéagineux. À cela s’ajoutent plus de 3,5 millions de tonnes de céréales françaises utilisées dans les activités de nutrition animale du groupe.
Le colza transformé à Baleycourt produit trois matières premières stratégiques : de l’huile, alimentaire mais aussi celle destinée à la fabrication de biocarburants, et le tourteau, utilisé pour l’alimentation animale. Cette complémentarité constitue l’un des fondements du modèle économique développé depuis plusieurs décennies par la filière.

De la graine aux produits finis

L’inauguration a également permis aux invités de découvrir l’outil industriel à travers une visite du site. Le parcours proposé a mis en lumière l’ensemble du processus de transformation du colza, depuis l’arrivée des graines jusqu’à la fabrication des produits finis.

Après réception et contrôle, les graines sont stockées puis triturées afin d’en extraire l’huile. Celle-ci est ensuite destinée à différents débouchés, notamment la production de biocarburants. La partie solide de la graine est, quant à elle, valorisée sous forme de tourteaux riches en protéines, destinés à l’alimentation animale.
Cette double valorisation illustre parfaitement la logique de filière défendue par Avril : d’un côté une source d’énergie renouvelable, de l’autre une matière première permettant de réduire les importations de protéines végétales.
Pour assurer cette activité industrielle en continu, le site fonctionne sept jours sur sept grâce à des équipes mobilisées tout au long de l’année. Environ quatre-vingt collaborateurs assurent quotidiennement la réception des matières premières, la conduite des installations, le contrôle qualité et l’expédition des produits finis. Une organisation qui témoigne du rôle stratégique joué par Baleycourt au sein de la filière colza du Grand Est.

L’un des enjeux majeurs du site concerne la réduction de la dépendance française aux protéines importées. Aujourd’hui, la France affiche une autonomie protéique d’environ 55 %, contre près de 30 % chez plusieurs pays européens voisins. «Chaque kilo de tourteau produit ici est un kilo de soja sud-américain dont on se passe», a rappelé Arnaud Rousseau.
Les chiffres avancés par Avril illustrent cette évolution. Depuis vingt ans, Sanders, filiale alimentation animale du groupe, a réduit de 25 % ses importations de protéines de soja tout en augmentant de 36 % son utilisation de tourteaux français. Résultat : les sources de protéines françaises utilisées par le groupe dépassent désormais les protéines importées. À travers ses différentes activités, Avril contribue aujourd’hui à l’alimentation d’un animal d’élevage sur sept en France.

Souveraineté et rémunération vont de pair

La notion de souveraineté a constitué le fil rouge des différentes interventions. Pour Anne-Florence Canton, préfète de la Meuse, la souveraineté ne se limite pas à la production agricole. «Être souverain, c’est être capable de produire, de transformer et de distribuer sur notre sol des ressources essentielles», a-t-elle rappelé.
Selon elle, Baleycourt illustre parfaitement cette ambition. En transformant localement les graines produites dans le Grand Est, l’usine limite les importations de protéines végétales, participe à la production d’énergies renouvelables, et génère de la valeur sur le territoire.

Une vision partagée par Arnaud Rousseau, pour qui la souveraineté passe nécessairement par la rémunération des agriculteurs. «Les exploitants sont indépendants et libres de leurs choix. En revanche, nous voulons leur montrer qu’il existe une filière qui crée de la valeur, et qui permet d’avoir une production rémunératrice».
Le président d’Avril a notamment rappelé que le colza peut aujourd’hui dégager une marge brute allant jusqu’à 900 euros par hectare, un niveau supérieur à celui de nombreuses autres cultures. Dans un contexte de crise persistante des grandes cultures, les oléoprotéagineux apparaissent ainsi comme un levier de résilience économique pour de nombreuses exploitations.

Le colza au service de la transition énergétique

L’autre enjeu majeur du site meusien concerne les biocarburants. «Cette usine est avant tout un outil de souveraineté énergétique», a affirmé Arnaud Rousseau. L’huile produite à Baleycourt alimente notamment la filière Oleo100, carburant renouvelable élaboré à partir de colza français.

Aujourd’hui près de 22.000 camions roulent quotidiennement en France grâce à ce biocarburant. Ensemble, ces flottes parcourent environ 2,5 milliards de kilomètres chaque année. Pour Paul-Yves L’Anthoën, cette réussite démontre la capacité de la filière à transformer les contraintes réglementaires et environnementales en opportunités économiques. «Nous avons transformé la contrainte des jachères en une opportunité», a-t-il expliqué. Cette valorisation énergétique vient compléter l’amélioration alimentaire du colza, et permet de sécuriser des débouchés durables pour les producteurs.

Parallèlement, Avril poursuit ses travaux sur de nouveaux marchés de décarbonation : carburants aériens durables, oléochimie biosourcée ou encore valorisation des pratiques agricoles bas carbone. Le programme Empreinte a ainsi permis de reverser 7 millions d’euros supplémentaires aux agriculteurs engagés dans ces démarches, au cours de l’année écoulée.

Un ancrage territorial fort

Au-delà du seul site de Baleycourt, Avril revendique un fort ancrage régional. Le groupe exploite aujourd’hui huit sites industriels dans le Grand Est, représentant plus de 350 emplois directs. Cette présence s’appuie également sur un réseau de partenaires historiques : coopératives, organismes stockeurs, entreprises de transport et prestataires locaux.

Lors de son intervention, Paul-Yves L’Anthoën a notamment salué le travail des organismes collecteurs partenaires tels qu’EMC2, VIVESCIA, LORCA, le groupe Carré ou encore la Coopérative agricole lorraine. Autant d’acteurs qui participent quotidiennement à l’approvisionnement du site, et à la structuration de la filière régionale.
À travers l’inauguration de Baleycourt, Avril a souhaité démontrer qu’une même culture peut répondre simultanément à plusieurs défis : produire des protéines, fournir une énergie renouvelable et créer de la valeur pour les agriculteurs. «À chaque fois, c’est moins de pétrole, plus de renouvelable, et surtout des productions locales qui rapportent aux agriculteurs», a résumé Arnaud Rousseau.

Dans un contexte où les enjeux de souveraineté alimentaire, énergétique et environnementale occupent une place centrale dans les débats, le colza apparaît plus que jamais comme une culture d’avenir pour l’agriculture meusienne et régionale.

Katia GUERIN