Faire découvrir la réalité du monde agricole

De Foucaucourt-sur-Thabas à Bar-le-Duc, la préfète de la Meuse a consacré une demi-journée à la découverte des réalités agricoles du département, entre modernisation des exploitations et inquiétudes pour l’avenir.

À peine installée en Meuse, la préfète Anne-Florence Canton a répondu à l’invitation de la Chambre d’agriculture, de la FDSEA et des Jeunes Agriculteurs en consacrant une demi-journée à la découverte du monde agricole meusien. L’objectif : permettre à la représentante de l’État de mieux appréhender les réalités d’un secteur économique majeur du département et les enjeux auxquels sont confrontés les agriculteurs.

Une immersion au cœur des exploitations

Deux exploitations avaient été retenues : le GAEC de Lily à Foucaucourt-sur-Thabas, spécialisé en production laitière, et le GAEC de la Fontaine aux Arbres à Salmagne, orienté vers les grandes cultures.
Au GAEC de Lily, Judith et Barry Smits ont présenté leur élevage de 130 vaches laitières produisant près de 1,5 million de litres de lait par an. L’exploitation s’est modernisée avec l’installation de deux robots de traite et d’un robot d’alimentation afin d’améliorer les conditions de travail, réduire la pénibilité et préparer la transmission. Les échanges ont également porté sur les difficultés de recrutement et les spécificités d’un métier où l’exploitant reste difficilement remplaçable.
À Salmagne, Christophe Marchal a exposé les difficultés rencontrées par les exploitations de grandes cultures. Baisse des rendements, volatilité des marchés et hausse continue des charges fragilisent les équilibres économiques et limitent les capacités d’investissement.

La visite s’est poursuivie à la Ferme Sainte-Anne, à Bar-le-Duc, où les organisations professionnelles agricoles du département étaient réunies. L’occasion de rappeler que, si elles sont aujourd’hui indépendantes, nombre d’entre elles sont nées sous l’impulsion de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs.

Loup, revenus et santé animale

Isabelle Hofbauer, éleveuse d’ovins et membre du bureau de la Chambre d’agriculture, a présenté un état des lieux de la situation liée au loup. Un témoignage essentiel pour comprendre la détresse grandissante des éleveurs confrontés à des attaques de plus en plus fréquentes. Au-delà des pertes économiques, ces prédations engendrent un profond traumatisme psychologique et remettent en cause la pérennité de nombreuses exploitations. «Il faut intervenir rapidement. À défaut, c’est tout un pan de l’agriculture meusienne qui pourrait disparaître, fragilisé financièrement mais aussi humainement par une pression devenue insoutenable» a-t-elle expliqué.

L’Union laitière de la Meuse, représentée par Marcelin Laratte, a évoqué la baisse du prix du lait et les tensions persistantes entre producteurs et industriels. Les représentants du GDS ont présenté la situation sanitaire des élevages et demandé que des investigations approfondies soient menées concernant la DNC afin d’en identifier les voies d’introduction et prévenir toute nouvelle apparition.

En conclusion, le président de la FDSEA a porté un message clair : l’agriculture doit permettre à ceux qui la font vivre de dégager un revenu. Si certains bouleversements géopolitiques récents ont temporairement soutenu les marchés, les agriculteurs ne peuvent pas attendre le prochain choc international pour espérer retrouver des perspectives économiques. D’abord parce qu’il serait dangereux de bâtir l’avenir d’une profession sur les conséquences de crises ou de conflits. Ensuite parce que, pour de nombreuses exploitations, ce prochain choc arriverait tout simplement trop tard. Les attentes exprimées sont donc immédiates : retrouver des conditions économiques permettant de vivre de son métier sans dépendre des aléas du contexte mondial.

Au-delà des dossiers abordés, cette journée a permis à la préfète de découvrir une agriculture meusienne moderne et confrontée à de nombreux défis, une immersion jugée nécessaire pour rapprocher les décisions administratives des réalités du terrain.

Hélène POUZET