Une teneur en matière sèche de 30 à 35 %, un tassage efficace et un bon dimensionnement du silo pour pouvoir désiler minimum 10 cm par jour en hiver et 20 cm par jour en été : voilà le trio gagnant pour une bonne conservation du fourrage.
Cette «chasse au gaspi» permet de contenir les pertes au front d’attaque en dessous de 3 % de la matière sèche initiale.
Éviter de payer du béton pour y stocker de l’air
C’est le tassement qui détermine la vitesse du chantier et non l’inverse. Chaque mètre cube se compose de matière sèche, d’eau et d’air. L’objectif du tassage est de chasser l’oxygène, donc de réduire la porosité du silo :
- à la fermeture du silo, la présence d’air retarde l’atteinte des conditions anaérobies nécessaires aux bactéries acidifiantes, et les micro-organismes indésirables occasionnent des pertes et se multiplient. Ils seront d’autant plus nombreux dès l’ouverture du silo… On estime qu’à 30 % Ms, on enferme environ 1 litre d’air par kgMs. En 3-4 heures, l’oxygène a disparu dans le silo et les bonnes fermentations débutent sans délai. En revanche, à plus de 35 % Ms, on enferme 3 à 5 litres d’air par kgMs, et l’oxygène met alors trois à cinq jours à disparaitre.
- à l’ouverture du silo, une forte porosité permet à l’oxygène de pénétrer rapidement et en profondeur du silo, réveillant ainsi l’activité néfaste des microorganismes.
Pour un fourrage inférieur à 32 % Ms, une densité de 220 kg Ms/m3 correspond à une porosité inférieure à 40 %, recommandé pour éviter les échauffements (avec un désilage minimal de 10 cm/j en hiver et 20 cm/j en été). Si les 36 % Ms sont dépassés, il devient nécessaire d’obtenir des densités très élevées, supérieures à 250 kg Ms/m3, difficilement atteignables.
La finesse de hachage
Le hachage a deux objectifs apparemment contradictoires : hacher fin pour faciliter le tassement et laisser des brins assez longs pour la mastication des vaches.
Les morceaux de plus de 20 mm gênent le tassement du silo, et provoquent des refus à l’auge. Viser 10 % particules moyennes (de 10 à 20 mm) à l’auge. Moins il y a de particules moyennes, meilleur est le tassement, surtout si la teneur en Ms du maïs dépasse 35 %. Le tamis secoueur est un outil efficace pour juger la finesse de hachage.
La terre dans le silo
La terre apportée par les roues des tracteurs et des remorques est une source de spores butyriques qui mettent en péril la bonne conservation du silo. Préférer les silos en sol bétonné et les zones de circulation proches du silo en terrain stabilisé.
Fermeture étanche du silo
L’objectif est d’obtenir rapidement un milieu anaérobie, avec un pH inférieur à 4, pour favoriser les fermentations lactiques, tout en évitant les échauffements et les moisissures.
Une première bâche fine assure un bon contact avec le fourrage et élimine ainsi les poches d’air en surface. Une seconde bâche, plus épaisse, a pour objectif de protéger le silo des pluies, du soleil et des ravageurs. La liaison de ces bâches aux murs et au sol doit être parfaite pour garantir l’étanchéité du silo.
Bien dimensionner le front d’attaque
Lorsqu’il est prévisible que la teneur en Ms à la récolte sera trop élevée, et lorsque c’est possible, re-dimensionner le front d’attaque est le levier le plus efficace pour réduire le risque de pertes après ouverture. Au-delà de 38-40 % Ms, l’avancement doit être supérieure à 30 cm/jour, la longueur de coupe peut être réduite jusqu’à 10 mm de longueur de coupe théorique pour faciliter la compaction mais l’efficacité reste partielle. L’ajout d’un conservateur de type acide propionique ou bactéries lactiques permettra de limiter les échauffements mais ne sera pas un remède miracle dans les zones superficielles.
Célia LEFBVRE
ARVALIS Lorraine

