FDSEA-JA : des surprises au menu du petit déjeuner syndical

La FDSEA et les JA de la Meuse ont interpellé élus et pouvoirs publics sur l’urgence de la crise agricole. Entre dénonciation des charges, des normes et du manque de perspectives, les syndicats réclament des mesures immédiates pour éviter un décrochage durable de la profession.

Lundi 30 avril, la FDSEA et les JA de la Meuse ont convié parlementaires et pouvoirs publics à un petit-déjeuner. Une convocation lancée dès le jeudi soir, signe de l’urgence selon les syndicats. «Si le délai est court, c’est parce que nous n’avons plus le temps d’attendre que les choses bougent. Le temps politique n’est pas le nôtre ; nous voulons des perspectives», insiste Baptiste Maire, président des JA. Des perspectives pour l’installation, bien sûr, mais pas uniquement.

«Quand il n’y aura plus d’agriculteurs»

Pour marquer les esprits, loin des traditionnels cafés et viennoiseries, les organisateurs ont servi un menu symbolique : «salade de haies sauce réglementaire», «roulé de prairie enfumé aux idéologies» ou encore «petit salé de lentilles et glyphosate en provenance du Canada», le tout accompagné d’une «infusion de boues d’épuration».
«Au-delà de la boutade, c’est bien l’incidence d’un monde sans agriculture que nous présentons. Quand il n’y aura plus d’agriculteurs, il n’y aura plus de quoi manger, ou du moins pas avec ce niveau de qualité. Et au-delà de l’alimentation, il y a aussi les services que nous rendons, comme l’épandage des boues ou l’entretien des milieux», précise Xavier Arnould, président de la FDSEA de la Meuse.
Face aux élus et au préfet, les syndicats dressent un constat alarmant : une agriculture française en déclin, minée par «une liste interminable de causes» qui rendent «l’équation économique des fermes» intenable. En cause, l’explosion des charges (énergie, engrais, GNR), des prix de vente insuffisants et une compétitivité fragilisée. Les organisations agricoles réclament ainsi un «bouclier immédiat sur les charges» et une stabilité fiscale durable, tout en appelant à sécuriser l’approvisionnement et l’indépendance en intrants. Pour appuyer leurs propos, la FDSEA et les JA avaient invité ADHEO et l’AS CEFIGAM. Lors d’une présentation conjointe, les deux centres de gestion ont exposé les résultats des exploitations et se sont livrés à l’exercice délicat des prévisions. Verdict : tous les voyants sont au rouge.
Autres points d’importance : les syndicats dénoncent des normes plus strictes en France que chez certains partenaires européens ou internationaux et exigent l’application de «clauses miroirs» pour garantir la réciprocité. Ils alertent également sur les accords commerciaux, notamment avec l’Australie, perçus comme une menace directe pour l’élevage. À cela s’ajoutent une surcharge administrative jugée excessive et une multiplication des contrôles vécus comme une «présomption de faute» permanente. Des lourdeurs qui freinent aussi la diversification des exploitations et leur capacité à s’adapter aux aléas du marché.
Les deux présidents ont aussi réitéré l’importance d’une action réglementaire efficace contre le loup, en demandant le soutien à la proposition de loi du député ardennais Jean-Luc Warsmann. Baptiste Maire rappelant que «plus le nombre de cosignataires sera important, plus le texte gagnera en poids politique et aura des chances de passer à l’Assemblée nationale».

«Aucune perspective positive»

Dernier point évoqué lors de cette rencontre, et sans doute le plus symptomatique : la prochaine programmation de la PAC. «Telle qu’elle est pensée, la PAC 2028 ne donne aucune perspective positive aux agriculteurs. Elle n’a plus grand-chose de “commun” et repose davantage sur des financements nationaux. Manque de chance pour nous, les caisses sont vides. Il faut absolument qu’elle reste une politique commune centrée sur la production», argumente Xavier Arnould.
Le message syndical de cette rencontre est sans équivoque : il n’est plus question d’attendre des réformes à horizon deux ou trois ans. Les agriculteurs exigent des décisions immédiates, capables d’enrayer la crise dès maintenant. Mais au-delà de l’urgence, ils appellent aussi à bâtir une vision de long terme, lisible et stable, permettant aux exploitants de savoir où ils vont, et aux jeunes d’envisager sereinement leur installation. Faute de cap clair et d’actions rapides, préviennent-ils, c’est toute une profession qui risque de décrocher durablement.

Hélène POUZET
FDSEA 55