Réunis le 20 mars à Bantheville, agriculteurs et acteurs du territoire ont alerté sur les conséquences du retour du castor : parcelles inondées, pertes économiques et absence d’indemnisation, dans un cadre réglementaire très contraint.
Le 20 mars dernier, la Fdsea de la Meuse et les Jeunes Agriculteurs ont organisé à Bantheville, une réunion technique dédiée à l’impact du castor sur les exploitations agricoles.
La matinée a débuté par une visite de parcelle à Romagne-sous-Montfaucon, sur l’exploitation d’Alexandre et Jean-Christophe Cornette, touchée par la présence d’une famille de castors. Les participants ont pu y constater une parcelle inondée, ainsi que la présence d’une hutte et d’un barrage, perturbant fortement l’écoulement du cours d’eau.
Un retour qui coûte cher aux exploitants
«Le castor a son rôle à jouer dans la nature et dans la vie de tous les jours, mais le seul à en souffrir, c’est l’agriculteur sur la parcelle où il s’installe», a expliqué Cédric Marula, inspecteur de l’environnement à l’OFB. «Il contribue à restaurer les zones humides, favoriser la biodiversité et créer des habitats pour de nombreuses espèces, tout en régulant les cours d’eau», a-t-il ajouté. Chassé au XIXe siècle, le castor recolonise aujourd’hui de nombreux cours d’eau, y compris en Lorraine depuis les années 1980. Strictement protégé, il ne peut être ni tué ni dérangé, et ses huttes comme ses barrages bénéficient eux aussi d’une protection légale. «Si l’on décide de toucher le barrage et de le descendre trop bas, le castor risque de sur-réagir» a-t-il poursuivi.
Mais sur le terrain, les agriculteurs paient le prix fort. À Sivry-sur-Meuse, un exploitant a chiffré ses pertes à 70.000 € après plusieurs années de présence du castor sur ses parcelles. Ces situations mettent en évidence un problème majeur : aucune indemnisation n’existe pour les dégâts causés par cette espèce protégée, ni pour les travaux engagés pour limiter ses impacts.
Limiter les dégâts
C’est pourquoi l’OFB accompagne les agriculteurs confrontés à la présence du castor. L’organisme peut réaliser des diagnostics sur les parcelles touchées, conseiller des aménagements pour limiter les inondations ou protéger les cultures, et orienter les exploitants vers des solutions encadrées pour cohabiter avec cette espèce protégée.
En revanche, il n’a pas la possibilité d’indemniser les pertes financières liées aux dégâts. Certaines communes ou syndicats de rivières offrent des aides ponctuelles pour installer des protections de berges ou des systèmes de drainage, mais elles restent limitées et ne couvrent pas toujours les pertes subies.
La Chambre d’agriculture est également intervenue pour rappeler les règles de gestion des cours d’eau. Certaines actions peuvent être mises en place pour limiter les effets des barrages, mais elles restent strictement encadrées et nécessitent le plus souvent des démarches administratives préalables.
La FDSEA et les JA ont transmis une proposition de loi pour faire reconnaître les impacts économiques du castor sur les exploitations agricoles et ouvrir la voie à des solutions, notamment en matière d’indemnisation.

