Une nouvelle organisation pour un quotidien apaisé

Le GAEC des Acacias, à Ville-devant-Chaumont, a évolué vers un système avec deux robots de traite, améliorant le confort et le bien-être des animaux, qui disposent de plus de liberté, d’un espace adapté et de meilleures conditions de vie. Cette transformation a aussi allégé le travail des éleveurs, en réduisant les tâches pénibles et le stress, tout en leur offrant des conditions de vie plus équilibrées.

Elle en a connu des transformations cette ferme. Tant sur le plan humain que du côté du troupeau et des bâtiments. «À l’après-guerre, il n’y avait que douze vaches. Et de fil en aiguille, ça s’est agrandi», raconte Thierry Dautel. Aujourd’hui, il exploite le GAEC des Acacias, à Ville-devant-Chaumont (55), avec son frère Hervé.

Evolution de l’exploitation

Dans les années 1960, la traite se fait encore au pot, avec un système de pipeline. Un premier tournant intervient en 1988 avec l’installation d’une salle de traite en 2×5, adaptée à un troupeau d’environ 55 vaches. En 1995, l’exploitation franchit un cap en atteignant les 100 vaches, grâce à la reprise d’une ferme dans le village, peu avant l’installation des deux frères. À cette époque, ils sont six associés. L’outil de traite devenu trop petit, reste cependant en service pendant encore une dizaine d’années avec des traites longues et éprouvantes.

En 2004, après plusieurs visites en Allemagne, les éleveurs sautent le pas. Convaincus par Soplan, ils investissent dans un manège, une salle de traite rotative. «Il y avait quand même 1h45 de traite, tout compris. Je passais ma vie dans la salle de traite, mais j’aimais beaucoup ça», se souvient Thierry Dautel. Avant d’ajouter : «à l’époque, nous avions de la main-d’œuvre sur la ferme». Mais, trouver du personnel motivé pour la traite n’a jamais été simple.

Arrivés à la cinquantaine, les associés s’interrogent à nouveau sur l’avenir de l’exploitation. Les bâtiments sont alors entièrement remboursés : le moment semble idéal pour investir. Rapidement, l’option de la robotisation s’impose. Deux robots Lely sont installés en bout de bâtiment. Un chantier de plus de trois mois, durant lequel hommes et animaux doivent s’adapter. «La zone d’attente était inaccessible. Nous faisions passer les vaches cinq par cinq. Il fallait les pousser d’un côté et réussir à les récupérer à la sortie», se rappelle l’éleveur.

Les éleveurs ont réaménagé la stabulation. «Nous avons dû supprimer un poteau porteur pour installer une fosse juste devant les robots de traite. Ce n’est pas indispensable, mais c’est plus propre» ajoute-t-il. Un robot racleur passe régulièrement pour maintenir la zone propre.

Un bâtiment adapté

«Le bâtiment se prêtait bien à ce type de transformation» explique-t-il. À l’arrière, 4 hectares permettent aux vaches d’accéder directement à l’extérieur. À l’intérieur, tout est pensé pour leur confort : 130 logettes avec matelas pour 110 animaux. «Ça fait du volume d’air, c’est confortable pour tout le monde. Je n’ai aucune vache couchée par terre», souligne Thierry Dautel. Le bâtiment est également équipé de ventilateurs et de brumisateurs pour améliorer les conditions en période de chaleur.

L’exploitation ne se limite pas à ce seul bâtiment. Un autre site, situé dans le village, est dédié aux taurillons. À proximité immédiate du bâtiment des vaches, un second accueille les génisses. Les déplacements d’animaux sont facilités par un système de barrières et de cloisons, permettant aux animaux de pouvoir passer d’un bâtiment à l’autre en toute sécurité et avec un minimum de manipulation.

Un quotidien transformé

Cette nouvelle organisation change le quotidien. «Je suis heureux, je râle moins» glisse Thierry Dautel avec le sourire. Le rythme de travail s’est assoupli. «Tous les matins, je peux déjeuner avec mon fils», confie-t-il. Il a retrouvé du temps pour lui : lecture, promenades… et il s’est même découvert une passion pour le théâtre. Un équilibre rendu possible aussi par le maintien du salarié sur l’exploitation. «Sans la traite à faire, je pense qu’il peut rester plus longtemps chez nous», estime l’éleveur. Un apprenti complète aujourd’hui l’équipe.

Son frère Hervé, davantage tourné vers les cultures, résume l’évolution : «nous sommes devenus des éleveurs alors que nous étions des trayeurs. C’est moins de stress, moins d’astreintes, autant pour l’éleveur que pour le troupeau. Une vache est plus à l’aise avec le robot qu’en salle de traite. Elle fait ce qu’elle veut : c’est ça, le bien-être animal».

«Maintenant, on est davantage dans le troupeau, on les surveille mieux», poursuit Thierry Dautel. Chaque matin, il consulte les données du robot, en particulier l’onglet santé, afin de repérer les animaux à surveiller. Avant que le troupeau ne s’anime, il fait passer «les grands-mères et les boiteuses», qu’il installe dans un sas pour les obliger à passer à la traite.

De plus, grâce au robot, le tri est facilité : les vaches nécessitant une attention particulière (chaleurs, vêlages, tarissements) sont automatiquement orientées, via un système de barrières, vers une zone dédiée. «C’est une infirmerie pour les vaches fragiles. Elles se retrouvent sur une aire paillée et je n’ai plus qu’à venir les chercher quand je veux».

L’ancien manège, lui, reste pour l’instant inutilisé. Mais l’éleveur ne manque pas d’idées pour lui donner une seconde vie : un espace de stockage, une zone pour installer la cage de parage, ou encore une nurserie pour les veaux.