Lancé dans la Meuse pour accompagner les éleveurs face aux changements climatiques et sociétaux, le Plan Herbe vise à développer des systèmes d’élevage plus résilients autour de la prairie, et à valoriser les pratiques agricoles plus favorables à l’environnement.
Lancé en Meuse il y a trois ans, le Plan Herbe commence à montrer ses premiers résultats. Ce programme de territoire vise à soutenir l’élevage à l’herbe et à accompagner les agriculteurs face aux changements climatiques.
Il a été construit dans un contexte climatique de plus en plus difficile pour les exploitations agricoles. Les sécheresses se succèdent, tandis que les épisodes de fortes pluies et les crues estivales deviennent plus fréquents.
Une dynamique collective
Le projet se dessine en 2022, à l’initiative du comité de bassin Rhin-Meuse, avant une mise en œuvre concrète dès 2023. Aujourd’hui, l’Agence de l’eau finance le dispositif à hauteur de 80 %. Le Département de la Meuse participe à hauteur de 10 %, tandis que la Chambre d’agriculture de la Meuse complète le financement.
«L’Agence de l’eau a lancé l’idée dans le Grand Est et la Meuse a été le premier département à se positionner», rappelle Benoît Watrin, conseiller départemental délégué à l’agriculture et lui-même agriculteur.
Le projet s’est ensuite élargi avec l’arrivée progressive de nombreux acteurs : organisations agricoles, associations environnementales, acteurs des filières ou structures techniques. «Les partenaires ont signé la convention au fil du temps», poursuit l’élu, insistant sur la dynamique collective qui caractérise le Plan Herbe.
Le programme repose sur quatre grands axes : accompagner les éleveurs vers des systèmes plus résilients ; développer des filières valorisant les systèmes herbagers ; mieux faire connaître le travail des éleveurs et la qualité des produits ; évaluer les actions mises en place et communiquer sur les résultats. «Si l’éleveur est au centre du projet, c’est toute la chaîne qui est concernée, du conseil jusqu’à l’assiette», reprend Benoît Watrin.
Un accompagnement technique
L’objectif premier est d’aider les éleveurs à mieux connaître leurs prairies et à adapter leurs pratiques selon les conditions météo et les caractéristiques de leurs parcelles. Pour les exploitants engagés, le socle technique du Plan Herbe repose notamment sur la démarche Pâtur’ajust.
«C’est une réflexion en trio : éleveur, technicien et écologue», poursuit-il. L’objectif est de préserver les prairies, de retrouver certaines fonctionnalités écologiques, tout en maintenant une activité économique viable.
«L’accompagnement technique d’un collectif d’éleveurs, de conseillers élevage et d’écologues du territoire constitue l’action de fond la plus structurante du Plan Herbe Meuse, avec des résultats techniques et économiques particulièrement encourageants pour les éleveurs comme pour les techniciens engagés dans le collectif», expliquait Xavier Morvan, directeur général de l’Agence de l’eau Rhin-Meuse, lors des premiers retours.
Au total, une trentaine d’éleveurs ont été suivis individuellement et une cinquantaine d’agriculteurs bénéficient d’un accompagnement collectif.
Le dispositif est mené en collaboration avec Scopela, une structure extérieure spécialisée dans le conseil, la formation et l’accompagnement des acteurs de l’élevage et de l’environnement. Elle intervient auprès des éleveurs, des techniciens et des écologues.
Pour les techniciens, ces formations permettent de prendre du recul sur les exploitations et de mieux comprendre les objectifs des éleveurs avant d’analyser leur système. Pour les agriculteurs, elles aident à identifier les points forts et les limites de leurs parcelles afin d’en tirer la meilleure valorisation possible dans le temps. Côté écologues, le travail vise notamment à favoriser le retour d’une faune plus diversifiée. «Il faut trouver un équilibre entre production, économie et environnement», conclut Benoît Watrin. Les échanges et les retours d’expérience permettent à chacun de se remettre en question et de faire évoluer ses pratiques.
Pour les partenaires du dispositif, la réussite du Plan Herbe passe par plusieurs autres objectifs : renforcer l’autonomie alimentaire des élevages, maintenir les paysages, préserver la biodiversité et protéger la ressource en eau, tout en améliorant le bien-être animal.
Le programme repose aussi sur le soutien aux filières, avec une politique d’aide à l’investissement et un travail de valorisation des productions. Certaines démarches sont déjà engagées, notamment autour du Brie de Meaux ou encore avec le projet HerboPack d’EMC2 Élevage.
Mais des progrès restent encore à faire. «Produire de la qualité aujourd’hui ne paie pas forcément mieux que la base», reconnaît Benoît Watrin. L’enjeu est désormais de mieux valoriser les changements de pratiques, mais aussi les filières et les agriculteurs qui s’engagent dans cette démarche.
S’inscrire dans la durée
«Globalement, le bilan est techniquement positif au niveau des éleveurs», poursuit l’élu, même si certaines exploitations peuvent encore montrer de la méfiance face à ces évolutions.
La collaboration autour de Pâtur’ajust a d’ailleurs été reconduite pour trois nouvelles années, preuve de l’intérêt suscité par cet accompagnement. «Il faut maintenant confirmer les premières références obtenues grâce aux changements de pratiques. C’est un travail à long terme», insiste Benoît Watrin.
Le bilan global est jugé satisfaisant. Plusieurs départements du Grand Est s’inspirent désormais de l’expérience meusienne pour lancer, eux aussi, leur propre Plan Herbe.

