La Région Grand Est, la Chambre régionale d’agriculture et les acteurs de la filière ont signé un nouveau contrat 2026-2030 à Vigneulles-lès-Hattonchâtel. Objectif : enrayer la baisse de la consommation et soutenir une production locale fragilisée dans un contexte de forte dépendance aux importations.
Le 28 avril, à l’AREFE de Vigneulles-lès-Hattonchâtel, la Région Grand Est, la Chambre régionale d’agriculture et l’association Univers des fruits et légumes du Grand Est ont apposé leur signature au bas du nouveau contrat de filière fruits et légumes pour la période 2026-2030. Une étape structurante pour un secteur en pleine recomposition.
Au cœur des échanges, un constat partagé et sans détour : la consommation recule en Grand Est, dans le sillage d’une tendance nationale en baisse d’environ 14 % ces dernières années, tandis que la dépendance aux importations s’accentue. L’objectif du contrat est donc clair : enrayer ce déclin et redonner de la vigueur à une production locale fragilisée.
Une stratégie de coordination et d’accompagnement
Dans la continuité des précédents dispositifs, ce nouveau contrat marque néanmoins une inflexion. «Ce contrat fait le choix de coordonner les acteurs de l’amont à l’aval», souligne Nicolas Pérotin, président de la Chambre d’agriculture de Meuse et représentant pour l’occasion de la GRAGE. Il évoque un cadre «engageant et fédérateur d’un millier de producteurs», avec une ambition affichée : augmenter de 10 % les surfaces d’ici 2030 et relancer la consommation. Moins centré sur les seuls investissements, le dispositif mise davantage sur l’accompagnement des exploitations. «Produire mieux et plus», résume-t-il, avec en ligne de mire la sécurisation des fermes et la préparation de leur avenir.
Pour Béatrice Moreau, représentante de la collectivité régionale, cette signature «marque l’aboutissement d’un long processus» et incarne une volonté politique assumée : «soutenir une filière dont nous sommes fiers, au service de la sécurité alimentaire et de la résilience du territoire». Elle rappelle qu’au cours du précédent programme, plus de 560 hectares de vergers ont été plantés.
Du côté des professionnels, Thierry Bosserelle, président de l’association Univers des fruits et légumes, insiste sur la dimension collective du travail engagé : «nous avons pris le temps nécessaire pour construire ce contrat, avec la volonté de faire les choses justement». Il souligne également le rôle déterminant de la Région, dans un contexte national jugé peu lisible pour la filière.
Le choix de l’AREFE pour cette signature n’a rien d’anodin. Le contrat accorde en effet une place importante à l’expérimentation et à l’accompagnement des structures interprofessionnelles, leviers essentiels pour faire progresser la recherche et l’innovation.
S’adapter aux défis climatiques et renforcer la souveraineté alimentaire
Car les défis sont nombreux, à commencer par l’adaptation au changement climatique. Gel, sécheresse, pression sanitaire : les aléas fragilisent les productions et imposent une transformation en profondeur des systèmes. La gestion de l’eau s’impose désormais comme un enjeu central, avec la mise en place annoncée d’un fonds dédié et renforcé. Parallèlement, les besoins en mécanisation et en modernisation sont clairement identifiés. D’ici 2030, 250 arboriculteurs doivent bénéficier d’un accompagnement individuel. Inspiré du dispositif «Ambition Éleveurs», ce parcours volontaire vise à adapter les soutiens aux besoins spécifiques de chaque exploitation, afin de sécuriser les projets, renforcer les compétences et garantir la pérennité de modèles à la fois performants et durables.
Au-delà des mesures techniques, le contrat porte une ambition plus large : celle de reconquérir une forme de souveraineté alimentaire. «La demande est là, il faut reprendre les filières», insiste Nicolas Pérotin, convaincu que la relocalisation constitue une réponse à la fois économique, environnementale et sociétale.
Dans un contexte où près d’un fruit ou légume sur deux consommé en France est importé, l’enjeu dépasse largement le seul cadre agricole pour toucher à l’équilibre des territoires.
Hélène POUZET
Un acteur clé de l’expérimentation régionale au cœur de la Meuse
Créée dans les années 1980, l’AREFE (Association régionale d’expérimentation fruitière de l’Est) est une structure portée par des producteurs et dédiée à la recherche appliquée en arboriculture. Elle conduit chaque année de nombreux essais en verger expérimental, notamment sur les variétés emblématiques comme la mirabelle ou la quetsche, mais aussi sur les techniques culturales, la gestion des ravageurs, la fertilisation ou encore l’adaptation au stress climatique. Ses travaux alimentent directement les pratiques des producteurs du territoire et contribuent à faire évoluer la filière.

