Face à une sécheresse et à des fortes chaleurs précoces, les agriculteurs meusiens doivent faire face à des récoltes en baisse, des stocks de fourrage réduits et une situation économique qui se fragilise. Réunis à Gimécourt autour de la préfète, les représentants du monde agricole ont dressé un premier bilan de la campagne et appelé à des mesures d’urgence, tout en ouvrant la réflexion sur la gestion de l’eau et l’avenir des exploitations.
L’année 2026 est marquée par une sécheresse et de fortes chaleurs particulièrement précoces. Dans la Meuse, leurs conséquences touchent l’ensemble des productions agricoles. Pour faire le point sur la situation, une rencontre de terrain s’est tenue vendredi 24 juillet au GAEC du Cornelier, à Gimécourt.
À l’invitation de la Chambre d’agriculture de la Meuse, Anne-Florence Canton, préfète de la Meuse, et Emmanuelle Guenot, sous-préfète et secrétaire générale de la préfecture, ont échangé avec les représentants du monde agricole. Plusieurs parlementaires, Franck Menonville, Jocelyne Antoine, Florence Goulet et Maxime Amblard, étaient également présents.
La FDSEA, les Jeunes Agriculteurs, la Chambre d’agriculture, l’ULM, EMC2 et l’AREFE ont participé aux échanges. La rencontre a permis de dresser un premier bilan de la moisson 2026 et de mesurer les conséquences des conditions climatiques sur les exploitations.
Des récoltes très inégales
Les premiers résultats de la moisson montrent des rendements en forte baisse. Par contre, le colza constitue l’une des bonnes surprises de cette campagne. La qualité des récoltes est également très variable. Les situations diffèrent fortement d’un secteur à l’autre.
Les cultures de printemps sont particulièrement touchées. Certains agriculteurs ont toutefois bénéficié de quelques pluies. Dans ces exploitations, les récoltes sont meilleures.
Les difficultés concernent aussi l’élevage, le maraîchage, l’arboriculture et la viticulture. Des représentants de chaque filière sont venus tour à tour pour expliquer leurs difficultés. Dans les élevages, la baisse des stocks de fourrage est l’une des principales inquiétudes.
La consommation anticipée des réserves oblige déjà certains éleveurs à acheter du fourrage supplémentaire. Cette situation augmente les charges et fragilise la trésorerie des exploitations.
Marcelin Laratte, représentant de l’ULM, alerte également sur les conséquences pour les animaux. «On va payer les pots cassés», estime-t-il, en évoquant notamment l’état de santé des troupeaux, la reproduction et la production laitière.
Une situation économique préoccupante
La baisse des productions s’ajoute à la hausse des coûts et au recul des prix de vente. Pour certaines exploitations, la situation devient particulièrement difficile. Xavier Arnould, président de la FDSEA de la Meuse, souligne un risque de décapitalisation des cheptels et demande des mesures rapides pour soutenir les agriculteurs.
Il réclame notamment une dérogation concernant les CIPAN, compte tenu des conditions climatiques. Il demande aussi un fonctionnement plus efficace de l’assurance récolte.
Le président de la FDSEA souhaite également un allègement de la pression des contrôles administratifs. «Ce n’est clairement pas le moment d’aller contrôler des agriculteurs qui traversent une telle crise», a-t-il insisté. Il demande enfin que soient prises des mesures permettant de redonner rapidement de la trésorerie aux exploitations.
Pour Nicolas Pérotin, président de la Chambre d’agriculture de la Meuse, la situation est particulièrement grave. «Je pense qu’il va y avoir de la casse parmi les exploitants. La situation est inédite et extrêmement compliquée», a-t-il souligné.
La question de l’eau
Au-delà des mesures d’urgence, les représentants agricoles veulent préparer l’avenir et de la gestion de l’eau. Nicolas Pérotin appelle à réfléchir à l’ensemble des solutions permettant de mieux faire face aux épisodes de sécheresse. «Il faut s’interroger aussi sur l’hydraulique, sur la réserve utile qu’on peut avoir dans nos sols, mais aussi sur les retenues d’eau qui peuvent servir à plusieurs causes : abreuvement des bêtes, irrigation sur des cultures décisives sur des exploitations, mais aussi pour le risque incendie avec des systèmes de pompage», soutient le président de la Chambre d’agriculture.
Xavier Arnould estime également que l’évolution récente de la législation permet désormais d’envisager de nouveaux projets. Il appelle à engager rapidement des projets structurants dans la Meuse afin de mieux sécuriser les productions agricoles face à la répétition des sécheresses.
Des propositions entendues par la préfète du département, Anne-Florence Canton, qui annonce l’ouverture prochaine d’une réflexion avec l’ensemble des acteurs concernés. Une concertation destinée à rechercher des réponses face aux difficultés immédiates, mais aussi à préparer l’agriculture meusienne aux épisodes climatiques qui pourraient se répéter dans les prochaines années.

