En déplacement en Meuse, le ministre délégué chargé de l’Europe, Benjamin Haddad, est venu échanger avec les agriculteurs sur les difficultés qui fragilisent les exploitations. Fourrage, trésorerie, aides, PAC 2028 et pression des contrôles : les représentants du monde agricole ont interpellé le ministre sur l’urgence de la situation et la nécessité de réponses concrètes pour préserver l’avenir des exploitations meusiennes.
Le ministre délégué chargé de l’Europe, Benjamin Haddad, était en déplacement en Meuse pour aller à la rencontre des agriculteurs et échanger sur les difficultés rencontrées par les exploitations. La visite a débuté au GAEC de Veline, à Dugny-sur-Meuse, où Rodrigue et Étienne Jacquot ont présenté le fonctionnement de leur exploitation familiale.
L’exploitation, représentative de la polyculture-élevage meusienne, s’est engagée depuis plusieurs années dans la modernisation et l’autonomie. Robotisation de la traite, microméthanisation, revente d’électricité : les investissements réalisés visent à améliorer les performances tout en réduisant les astreintes et l’impact de l’activité sur le voisinage. C’est un objectif d’autonomie en matière d’engrais et de fourrage qui a conduit les exploitants à faire ces choix d’investissement.
Une aide insuffisante
La question du fourrage a rapidement été abordée. L’année climatique exceptionnelle a fortement fragilisé les stocks et conduit de nombreux éleveurs à devoir acheter leur alimentation. Les représentants du monde agricole ont saisi l’occasion pour faire part du manque d’accompagnement et d’aides du Gouvernement sur cette problématique. Le ministre a indiqué que le plan CASI devait permettre d’accompagner les exploitations confrontées à des difficultés de trésorerie. Un plan qui ne permettra toutefois pas d’accompagner toutes les exploitations, ont immédiatement précisé les représentants syndicaux.
Une aide jugée insuffisante, tout comme l’aide aux engrais qui, en plus de ne pas être à la hauteur, ne prend pas suffisamment en compte la réalité des exploitations et ne répond pas aux problématiques de trésorerie. Le président d’EMC2, Bruno Didier, a également souligné que la conception de cette aide avait mis à mal les dispositifs qui avaient pu être mis en place par la profession sans attendre les réponses du Gouvernement.
La discussion s’est ensuite élargie aux enjeux agricoles du département. Avec 330.000 ha agricoles et près de 8.000 emplois directs et indirects, l’agriculture constitue un secteur économique majeur en Meuse. Les participants ont rappelé les difficultés rencontrées par l’ensemble des productions : élevage, grandes cultures, maraîchage, arboriculture et ovins. La sécheresse, les difficultés de semis et le manque de fourrage accentuent une situation économique déjà fragile.
Urgence de la situation
La PAC 2028 a constitué un autre point majeur des discussions. Le ministre a assuré que la France restait pleinement engagée dans les négociations européennes et qu’aucune décision ne pouvait être prise sans elle. Il a également indiqué que le budget de la PAC devrait être maintenu au même niveau que lors de la précédente programmation et qu’un travail était engagé sur la part consacrée au renouvellement des générations.
Nicolas Perotin, président de la Chambre d’agriculture, a rappelé les chiffres meusiens : le montant moyen des aides Pac s’élève à environ 280 €/ha. À mettre en regard des revenus dégagés par les différentes productions : environ 120 €/ha pour les céréaliers, 410 €/ha pour les producteurs de lait et 260 €/ha pour les producteurs de bovins viande. Des niveaux qui rendent difficilement envisageable une baisse des dotations.
La FDSEA, avec son président et deux de ses vice-présidents, a profité de la présence du ministre pour le challenger sans ménagement sur la capacité du Gouvernement à réagir face à la situation. Aurélien Legout, pour les Jeunes Agriculteurs, a quant à lui demandé que la confiance puisse être rétablie entre les agriculteurs et les institutions. La pression des contrôles est devenue difficilement supportable au regard des tensions et des difficultés auxquelles le monde agricole est aujourd’hui confronté.
Les représentants agricoles ont enfin insisté sur l’urgence de la situation et sur la nécessité que les décisions prises aujourd’hui permettent aux exploitations de passer l’hiver, mais aussi de préserver leur capacité à produire et à investir demain.
Hélène POUZET

